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« La science n'existe pas sans communication. Cette caractéristique la distingue de toutes les activités conduites dans la société. Bien plus, la science est fondamentalement communication. Une avancée théorique ou un résultat expérimental n'acquièrent valeur de science que par leur communication à d'autres scientifiques, et par là même la confrontation à la critique (…). C'est cette pratique qui donne à la science sa légitimité et sa dimension universelle. "
Martine Barrère, Science et société, quelle raison partager? Les Cahiers de GOBAL CHANGE N° 6 - Février 1996
Communication : chercheurs DANS la société >>Définitions
La communication scientifique: une communication ORDINAIRE
La communication scientifique : une question d’épistémologie
Dépasser l’approche technique: Oser mettre en questions la démarche de recherche
La reproduction de pratiques existantes ne donnera pas aux jeunes chercheurs les compétences attendues
La communication scientifique : une question d’éthique, d’engagement citoyen et de responsabilité
La communication scientifique: une communication ORDINAIRE
Le monde de la recherche n'est pas un "monde à part"! Mais les chercheurs ont peu à peu oublié l'art de communiquer et ses règles simples. La fragmentation des communautés jargonnant "entre soi", une formation ne s'intéressant pas aux principes de la communication et rejetant cette activité comme "non nécessaire" n'ont rien arrangé.
Pour beaucoup de chercheurs, il s'agit de redécouvrir des notions bien connues qui vont les placer devant leur responsabilité.
La communication scientifique : une question d’épistémologie
Tous les manuels de communication scientifique commencent par là : la communication scientifique est essentielle au sens fort du terme puisqu’on sait que si elle n’est pas communiquée, la recherche n’existe pas.
“Science exists because scientists are writers and speakers. We know this, if only intuitively, from the very moment we embark upon a career in biology, physics, or geology. As a form of knowledge, scientific understanding is inseparable from the written and the spoken word. There are no boundaries, no walls, between the doing of science and the communication of it; communicating is the doing of science.” Scott L. Montgomery, The Chicago Manual , 2003
Cette affirmation pour triviale qu’elle soit a de sérieuses conséquences et mérite d’être commentée surtout dans le contexte actuel où la technique semble de plus en plus prendre le pas sur la réflexion.
Je m’explique : Dans de nombreux cas, la difficulté à publier ou la faiblesse des publications sont liées à l’absence de question ou d’hypothèses clairement formulées ; on voit là aussi des motifs essentiels de rejet des publications ( Ce que disent les lecteurs arbitres, M.C Roland, 1995) ou des projets de recherche (Analyse des faiblesses des articles et projets scientifiques, M.C Roland, A.Van Vossel, 2000). Dans ces conditions, les chercheurs peuvent-ils parler de résultats ou ne se contentent-ils pas souvent de données ? On peut se demander ce qu’ils cherchent alors à communiquer, et quel sens ont leurs écrits ? Un simple exemple suffira à faire comprendre les doutes qui peuvent surgir à la lecture de dizaines de revues et de centaines d’abstracts qui se contentent de mentionner le matériel et méthode et les « résultats », passant sous silence la justification de la recherche, ses objectifs et son intérêt. Un style de communication scientifique s’est ainsi construit qui est depuis longtemps largement critiqué. Ecoutons quelques unes de ces critiques :
Pierre BOURDIEU, Homo Academicus, 1984 : « Un style qui cumule la neutralité du compte-rendu positiviste et la fadeur du rapport bureaucratique »
Jacques NINIO, chercheur, Publier pour être lu, INSERM Actualités, n°82, Juillet 1990: « Cette désaffection pour la lecture (des articles primaires) n’est pas seulement due à l’indigence croissante des contenus, elle s’explique aussi par l’emploi quasi général d’un style écrit standardisé, rébarbatif, exploitant toutes les ressources de la langue de bois »
P.A LAWRENCE & M LOCKE, Asphyxie programmée de la recherche, La Recherche, Septembre 1997 : « Notre style écrit a dégénéré en une langue codée et impersonnelle laissant dans l’ombre le caractère des auteurs et leurs idées. »
Dépasser l’approche technique: Oser mettre en questions la démarche de recherche
En raison des faiblesses identifiées, une formation à la communication scientifique ne peut faire l'économie d'un travail sur la démarche de recherche. Le chercheur a besoin de réfléchir à sa question de recherche, à la formulation du problème; il doit prendre du recul par rapport à son travail et s'interroger sur le sens et sur l'intérêt de ses manips. Mais cette réflexion ne doit pas intervenir trop tard - sinon le chercheur sortira frustré et déçu de l'exercice. En recherche, communication et conception sont inséparables et doivent être pensées de concert.
Quand elles existent, les formations à la communication scientifique traditionnellement se contentent d’enseigner des techniques, des recettes, se gardant bien de remettre en cause le contenu même. Elles sont d’ailleurs souvent assurées par des personnes extérieures, qui ne connaissent pas vraiment le fonctionnement de la recherche et n’osent mettre en question le savoir et le savoir-faire des chercheurs. Or de telles formations ne peuvent aboutir qu'à proposer des solutions techniques, cosmétiques, - ce qui arrange bon nombre de chercheurs qui tiennent à garder secrètes leurs hypothèses et répugnent à partager leurs questions. Ou est-ce une façon de masquer qu'ils n'en ont pas?
La reproduction de pratiques existantes ne donnera pas aux jeunes chercheurs les compétences attendues
Les jeunes chercheurs – doctorants et post doctorants – sont encore largement formés sur le tas: leur formation est en principe assurée par des seniors, encadrants ou chercheurs confirmés qui n’ont le plus souvent ni le temps ni les compétences pour assurer cette formation, n’ayant pas eux mêmes reçu de formation. Ce qui autorise d’ailleurs des chercheurs de plus en plus nombreux à dénoncer un « système de reproduction, voire de clonage » de la communauté scientifique. Les colloques sont prétendument des lieux de formation : je dis bien « prétendument » car les acquis des doctorants ne sont pas souvent évalués au retour des conférences, et pour avoir évalué nombre d'affiches et résumés, je peux affirmer que beaucoup ne mettaient pas vraiment en valeur le travail fait au labo. Quant aux réunions de labo du lundi ou du jeudi, elles ne font que renforcer des pratiques mêlant langage et pouvoir: on y entraîne « le jeune » à présenter ses «résultats », on se garde bien d’y débattre des questions et enjeux de la recherche . Confidentialité exacerbée par la compétition, manque de temps, de disponibilité, de ressources pédagogiques ? Or on demande au jeune chercheur de montrer ses compétences en communication (« communication skills »). A quelle condition peut-il les acquérir ? voir rubrique « Profession : chercheur »/ Parler compétences
La communication scientifique : une question d’éthique, d’engagement citoyen et de responsabilité
Les chercheurs à mon avis ne se soucient pas suffisamment de communication scientifique : habitués à jargonner pour leurs pairs, peu soucieux d’éprouver la pertinence des écrits de toutes sortes qu’ils manipulent chaque jour, ils laissent volontiers le soin à d’autres de parler en leur nom. Un récent rapport de la Royal Society « Survey of factors affecting science communication by scientists and engineers », juin 2006 montre bien les réticences encore fortes de la communauté scientifiquie à s’engager. Les journalistes et leurs collègues « communicateurs de la science » (« science communicators ») s’inquiètent et cherchent des solutions pour rapprocher science et société. Ainsi l’AJSPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d’information), a organisé avec le soutien du Ministère délégué à la Recherche, les troisièmes échanges chercheurs / journalistes de septembre à décembre 2004. L’objectif de ce programme est d’améliorer le dialogue entre chercheurs et journalistes, en faisant découvrir aux uns et aux autres les us et coutumes d’un environnement qui ne leur est pas familier et en les amenant à échanger sur leurs pratiques respectives.
Les enjeux et les difficultés liés à la communication de la science sont tels qu’il faut trouver d’autres solutions. Mais en fait, les chercheurs ne sont-ils pas les mieux placés pour communiquer leurs travaux ? Et nous sommes ramenés à la première affirmation « la recherche n’existe que communiquée ».
Traiter de communication scientifique implique d’aller bien au-delà des aspects purement techniques et des recettes pour entrer dans le domaine de la conception de la recherche, s’intéresser à la quête du chercheur, à ses attentes, à ses incertitudes.
Prendre au sérieux la formation des jeunes chercheurs, un défi que nous avons tenté de relever en travaillant avec les chercheurs eux-mêmes sur ce qu’ils ont de plus intime, leurs questions et leurs pratiques.
lire le rapport " Public engagement in Science" Oct. 2007
Ouvrages de référence:
1. Day, R., How to write publish a scientific paper, 3rd edition, Cambridge University Press, 1989
2. Kane, Th.S., The new oxford guide to writing, Oxford University Press, 1988
3. Katz, M.J., Elements of the scientific paper, Yale University, London 1985
4. Kirkman, J., Good style writing for science and technology, E & FN Spon, 1992
5. Montgomery, S. L., The Chicago Guide to Communicating Science, University of Chicago Press, 2003
6. O'Connor, M., Writing successfully in science, Chapman & Hall, London 1991
7. Trenner, R., The bell labs writer, 2ed edition, Kelly education and training center, 1987
8. Turk, C., Kirkman, J., Effective Writing, E.& F.N. SPON, 2nd ed.,1991
9. Worsley.D., Mayer, B., The art of science writing, Teachers & Writers, New York 2000
10. Young M., The technical writer's handbook, writing with style and clarity, University science books, California, 1989
11. Zinsser, W., On writing well, an informal guide to writing nonfiction, 4ed edition, Harper Perennial, 1990
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